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 Inexprimable

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Kulthy
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Date d'inscription : 04/05/2016
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MessageSujet: Inexprimable    Mar 14 Nov - 19:36

        Louis, c'était un petit bout d'homme. 17 ans, les cheveux noir jais, les yeux verts pétillants. Il habitait une ville perdue, le genre de ville où tout le monde connait tout le monde. Il se sentait libre, il vivait comme il le souhaitait, sous la garde un peu laxiste de sa grand-mère. Mise à part les études au lycée, Louis pouvait faire ce qui lui plaisait. De toute façon sa grand-mère le savait bien trop sage pour faire quoi que ce soit de dangereux ou autre.
        Plongé dans un croquis, Louis ne remarqua sa grand-mère que lorsqu'elle se racla la gorge. Il leva la tête vers elle dans un sursaut, et un doux sourire s'installa sur son visage.

"Oui Lize ?
- Il y a quelqu'un pour toi, dit-elle d'un air entendu avant de s'effacer pour laisser apparaître une autre personne."

        Le garçon se redressa vivement, en sentant ses pommettes chauffer. Il referma son cahier à dessin et se leva de son lit en jetant un coup d’œil significatif à sa grand-mère. L'autre jeune fille remercia doucement la vieille dame avec un sourire amusé, et cette dernière redescendit à l'étage en marmonnant quelque chose qui sonnait comme "ah ! les jeunes". Louis leva les yeux au ciel avant de les poser sur la jeune fille devant lui. Elle était comme toujours. Singulière, étonnante, rayonnante. Attirante. Il la détailla encore une fois, elle et ses cheveux attachés en deux longues tresses, elle et son nez en trompette, ses légères tâches de rousseurs, ses fines lèvres, et - le meilleur pour la fin - ses yeux bleu océan dans lesquels il aimait tant. De son côté, elle elle aimait se plonger dans la profondeur des yeux verts de Louis. Ils se comprirent d'un seul regard et sortir de la maison pour aller profiter des vacances et du beau temps de juillet. Ils marchèrent en silence, sans ressentir le besoin de parler, juste heureux d'être à deux. Leurs mains se lièrent et ne se lâchèrent plus. Ils arrivèrent dans un petit parc et s'assirent côte à côte sur un banc. Ils regardaient le monde autour d'eux, silencieusement. Au bout d'un long moment Louis finit par ne plus tenir et ses épaules s'affaissèrent. Il se tourna vers elle dans un soupir, et vit dans ses yeux se refléter les mêmes sentiments. Elle savait de quoi il allait parler, il la sentait se préparer mentalement à ne pas flancher. Il attrapa sa deuxième main. Elle était tellement fragile, tellement douce. Elle n'avait rien à faire dans un monde comme celui-ci. Il prit le temps de réfléchir, de peser chacun de ses mots. Il avait redouté ce moment là depuis qu'il l'avait rencontré, elle et ses yeux bleus.

"Alors, tu pars quand Zoé ? A quelle heure ?"

        Elle plongea son regard dans le sien, comme elle savait si bien le faire. Il y vit toute la tristesse du monde, et le reflet de la sienne.

"Dans une heure."

        C'était une réponse courte, simple, poignante, dévastatrice. Louis se mordit la joue pour ne pas laisser les larmes couler. C'était un garçon après tout, ça ne pleure pas un garçon. Il hocha doucement en essayant de digérer l'information. La fin était si proche. La fin de 5 ans d'amitié qui avait dérivé vers de l'amour. Ce n'était pas réellement la fin, plutôt le début de la fin, le début de quelque chose qu'ils n'étaient pas sûr de surmonter. Un sentiment douloureux grossissait dans sa poitrine et l’étouffait. Un sentiment inexprimable.

"Ca ira d'accord ? souffla la fille."

        Ce n'était pas une vraie promesse, plutôt comme une prière.

--

        Ils avaient passer une petite heure à parler de tout, de rien, du monde, de Lize, du passé. Tout ce qu'ils avaient vécus pendant les années où ils avaient habité dans la même ville. Mais maintenant Zoé partait, pour de bon. Loin, très loin. Louis se sentait abandonné. On l'abandonnait, le laissait seul avec ses dessins. Sa vie allait changer, sa routine, ses habitudes. Il n'était pas prêt pour ça, il ne voulait pas. Ils s'étaient levés et avaient marché jusqu'à chez l'ancienne maison de Zoé. Il avait vu le camion partir au loin, et entendu la mère de Zoé l’appeler au loin. C'était trop pour les yeux verts de Louis. Ils laissèrent s'échapper les larmes, contre le gré du garçon. Il les essuya avec rage. Ce n'était pas juste. Zoé tourna la tête vers lui, croisa son regard et se blottit contre lui. Louis avait réussi à percevoir le bleu de ses yeux brouillé par les larmes. Il enfouit son nez dans ses cheveux, ferma ses yeux. Il n'était pas prêt.

"Je t'aime Zoé."

        Sa voix fit écho à celle de la jeune fille. Sa mère cria quelque chose, encore. Elle ne comprenait rien. Louis se recula et détailla encore une fois le visage doux de Zoé. Elle était belle. Juste belle. C'était inexprimable. Il l'embrassa. Un baiser d'adieu, mêlé aux larmes, dans lequel se sentait le désespoir de deux personnes plus tout à fait enfants mais pas encore adultes. Il serrait fort ses mains dans les siennes, il refusait de les lâcher. Jamais. Pourtant elles s’échappèrent et l'abandonnèrent.

"On se revoit vite Louis."

        Louis n'y croyait pas. Quand est-ce qu'elle aurait l'argent pour revenir habiter avec lui ? Sûrement après ses études. C'était long. Trop. Mais il hocha la tête. Il devait essayer d'y croire. Peut-être se reverraient-ils en vacances. S'ils avaient les même entre l'Australie et la France. Le garçon s'essuya les joues. Il la regarda lui tourner le dos, baisser la tête et rejoindre sa mère. Elle disparut dans la voiture. Abandon. Avant qu'il ne le réalise, la voiture démarrait. Il fut sorti de ses pensées par sa grand-mère. Il retrouva ses esprits et leva la tête. La voiture était partie. Il n'y avait plus personne. Il était mort intérieurement. Il imaginait Zoé, les yeux inondés de larmes, la tête contre la vitre. Il repoussa sa grand-mère, couru jusqu'à sa maison, monta les marches quatre à quatre et s'enferma dans sa chambre. Il tourna en rond dedans pendant de longues minutes. Il était seule, et un sentiment inexprimable avait explosé dans sa poitrine. Il était impuissant. Alors il finit par s’allonger sur son lit, à bout de force, et il pleura la fin d'un bonheur immense jusqu'à s'endormir sur un oreiller humide.
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